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Aller vers, informer, lever les freins : les enseignements de Mars Bleu
15 Avr
Dans le cadre de la campagne de sensibilisation au dépistage du cancer colorectal Mars Bleu, les chargé·es de prévention et de promotion de la santé du Bassin se sont mobilisé.es à Laeken Sud (autour de la Place Bockstael et de la rue Marie-Christine), un quartier identifié comme prioritaire en raison du très faible taux de dépistage enregistré parmi les publics cibles.
Plusieurs actions furent mises en place avec pour objectif commun d’aller à la rencontre des habitant·e·s directement dans leurs lieux de vie afin de rendre l’information accessible, créer du lien et lever les freins au dépistage.
Une approche centrée sur l’humain et la proximité
Stands devant des pharmacies (espaces privilégiés en raison de leur rôle central dans le dépistage) ; intervention au sein de l’UZ Brussel en collaboration avec des gastro-entérologues ; action à la Maison Santé Solidaire en lien avec des conseillères en santé ; sensibilisations dans des lieux communautaires (notamment des mosquées) ; affichage dans les commerces du quartier… : ces initiatives ont permis de toucher un public diversifié (en âge, genre et origine), parfois éloigné du système de santé. Les échanges avec celui-ci ont été riches, marqués par une réelle demande d’information et un intérêt pour les questions de santé. Dans certains contextes communautaires, les rencontres ont favorisé un climat de confiance propice à la discussion, permettant d’aborder des sujets sensibles et de déconstruire certaines idées reçues.
Bien que le programme de dépistage cible une tranche d’âge particulière, il avait été décidé d’approcher la population générale et ce choix s’est avéré bénéfique : beaucoup de personnes ont effectivement fait part de leur volonté de partager ce qu’elles venaient d’apprendre avec leur entourage plus directement concerné par la problématique. Un travail d’intermédiaire non négligeable et susceptible d’inciter ce public secondaire à faire le test.
À l’heure du bilan, plusieurs enseignements ressortent de cette campagne au niveau du quartier.
Points positifs
- Actions adaptées selon les publics et leurs contextes.
- Bonne participation du public et intérêt marqué pour la prévention dans le cadre de cette thématique.
- Échanges dynamiques et questions nombreuses.
- Approche d’aller-vers facilitant l’accès à l’information.
- Partenariats locaux et régionaux (conseillères en santé, Gezond in Brussel, relais communautaires, pharmacies, hôpitaux).
- Création de liens de confiance avec les publics.
- Visibilité renforcée grâce à l’affichage dans le quartier.
Freins majeurs identifiés : peurs et réticences face au test
Au-delà du manque d’information, les échanges autour des actions ont permis de mettre en évidence des freins profonds liés aux représentations et aux émotions entourant le dépistage. Ainsi, pour beaucoup, le test de dépistage du cancer colorectal reste associé à
- une gêne importante liée à son caractère intime,
- une contrainte logistique (crainte de non-disponibilité du test en pharmacie et obligation de devoir revenir le chercher après commande),
- une appréhension face à la manipulation du matériel,
- une peur du résultat et de ses conséquences.
Certaines personnes expriment aussi une mise à distance : tant qu’il n’y a pas de symptômes, une démarche médicale proactive ne leur semble pas nécessaire.
Ces éléments attestent que l’hésitation ne relève pas seulement d’un manque d’information mais d’un rapport complexe au corps et à la maladie. Une approche basée sur l’écoute, la dédramatisation et l’accompagnement s’avère donc indispensable pour faire passer le message.
Autres limites observées
- Manque d’information sur le dépistage du cancer colorectal.
- Incompréhension des critères d’accès (notamment l’âge cible).
Un constat marquant : des professionnels directement concernés manquaient d’information sur les critères et la gratuité du test pour les personnes cibles. Cela souligne la nécessité d’une sensibilisation des professionnel·les de santé en amont de la campagne.
En conclusion
Le bilan de ces actions vient rappeler une vérité simple : le dépistage n’est toujours pas accessible à tou·tes. Trop de personnes ignorent son existence et a fortiori son importance ; de trop nombreux·ses de professionnel·les manquent d’informations ; trop de tabous persistent.
Informer à l’échelle régionale à l’aide de campagne de communication grand-public ne suffit pas. Il est important d’aller vers les gens, d’expliquer, rassurer, lever les peurs et, surtout, donner à chacun·e les moyens de prendre sa santé en main.